Le précieux savoir traditionnel derrière la découverte du HMS Terror

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La nouvelle a fait le tour de la planète. 

Des équipes de Parcs Canada ont découvert l’épave du HMS Terror, second navire de la funeste expédition du britannique John Franklin à la recherche du passage du Nord-Ouest, il y a plus d’un siècle et demi.

  






L’équipage du HMS Terror dégageant un passage à travers les glaces, Source: franklinexpedition.blogspot.com

C’est un accomplissement remarquable, réalisé dans l’un des endroits les plus rudes de la planète. Les 124 hommes qui se sont embarqués en mai 1845 de Grande-Bretagne à bord des HMS Erebus et HMS Terror y ont tous laissé leur vie dans d’épouvantables circonstances. Le commandant Franklin compris. 

Le 3 septembre dernier, des scientifiques canadiens ont localisé le Terror à 24 mètres de profondeur au milieu de ….Terror Bay, au large de l’île du Roi-Guillaume (King William) dans l’archipel arctique du Nunavut. 

Ce qui rend le succès de l’opération encore plus fascinant, c’est qu’il repose sur le témoignage spontané d’un membre d’équipage inuk du Martin-Bergmann, le navire de recherche affrété par l’Arctic Research Foundation. 

Sammy Kogvik, originaire de Gjoa Haven au Nunavut, était à bord du Bergmann depuis seulement un jour lorsqu’il a raconté une bien étrange histoire à un responsable des recherches. 

Il a relaté que six ans auparavant, en motoneige avec son oncle, il avait aperçu une large pièce de bois semblable à un mat perçant la banquise,dans Terror Bay.  

Intrigué par la présence d’une poutre au beau milieu de la baie, Kogvik a pris des clichés de la pièce de bois, de près, en compagnie de son oncle. Malheureusement, il s’est rendu compte, une fois chez lui, qu’il avait égaré sa caméra sur le chemin du retour. 

Faute de preuves photographiques, les deux hommes ont choisi de ne pas parler de leur découverte. La vie a poursuivi son cours et la chose a été plus ou moins oubliée. Jusqu’à ce que Sammy partage ses souvenirs sur le pont du Bergmann. 

Le témoignage de l’homme d’une quarantaine d’années a convaincu l’équipage de dévier de trajectoire et de croiser vers la bien nommée Terror Bay, à presque 100 kilomètres au sud de la région où les historiens croyaient que le Terror avait été abandonné, en 1848. 

Et c’est ainsi que dans une zone inexplorée de la baie, les appareils de détection sophistiqués du Bergmann ont localisé le navire de 340 tonnes en « parfaite condition », ses trois mats brisés mais toujours debout, reposant sur le fond au sud-ouest de l’île du Roi-Guillaume.

La barre du Terror, Source: CBC.CA

La tradition orale inuite abonde de témoignages sur ce qui est advenu de l’expédition britannique disparue en tentant de trouver un passage vers l’Asie à travers l’Arctique. Pour employer un euphémisme, le point de vue inuit n’a pas toujours été apprécié à sa juste valeur. 

Mais les choses changent et le respect de la connaissance traditionnelle des Inuits commence à s installer chez les scientifiques et universitaires. 

En 2014, les archéologues marins de Parcs Canada ont localisé l’Erebus dans les eaux peu profondes du golfe de la Reine-Maud, au sud de l’île du Roi-Guillaume, à un endroit où la tradition orale indiquait qu’un large bateau de bois avait coulé.

Les découvertes de Erebus et du Terror jettent un éclairage nouveau sur les événements qui ont entouré la pire catastrophe de l’histoire de l’Amirauté britannique dans l’Arctique.



L’épave du HMS Erebus, Source: Ottawacitizen.com

 La version la plus communément admise chez les historiens, basée sur des notes retrouvées dans l’île du Roi-Guillaume, suggère que les marins et officiers survivants ont abandonné les navires prisonniers des glaces au printemps 1848. Ils ont péri un à un, de maladie, de froid et de faim, pendant une longue marche désespérée.


Les derniers développements amènent les spécialistes à avancer une nouvelle hypothèse : un groupe de survivants auraient rebroussé chemin et seraient retournés aux navires. Ils seraient parvenus à naviguer un peu plus vers le sud, à bord de l’Erebus, dans une vaine tentative de reprendre la mer vers l’Est

Quel que soit le scénario, les vivants devaient envier ceux qui sont morts. Pour donner une idée du calvaire enduré par ces hommes, il suffit de penser aux traces de cannibalisme relevées sur des ossements découverts dans l’île du Roi-Guillaume, il y a plusieurs années. 

Sir John Franklin n’a pas dirigé l’expédition jusqu’à la fin. Les notes retrouvées mentionnent qu’il est mort en juin 1847. C’est son second, Francis Crozier, capitaine du Terror, qui a pris les rênes de la triste équipée. 

D’après la tradition orale, des survivants auraient continué à errer dans l’île du Roi-Guillaume jusqu’en 1851 et peut-être même encore plus longtemps. Des témognages font état de contacts sommaires entre des chasseurs inuits et des membres de l’équipage, réduits à l’état de loques humaines. 

La nouvelle donne obligera les historiens à refaire le récit de l’expédition Franklin, une odyssée tragique, épique et héroïque. 

Et dans la quête de la vérité, la mémoire inuite sera tout aussi essentielle que la science et les nouvelles technologies de recherche.

 

SOURCES 

https://www.theguardian.com/world/2016/sep/12/hms-terror-wreck-found-arctic-nearly-170-years-northwest-passage-attempt 

http://www.nunatsiaqonline.ca/stories/article/65674hms_terror_franklins_second_ship_finally_found_in_nunavut/ 

http://www.sciencesetavenir.fr/archeo-paleo/archeologie/20160913.OBS7923/expedition-franklin-on-a-retrouve-le-hms-terror.html

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