L'espoir retrouvé, vraiment?

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                                 Photo: Société Radio-Canada

Par Martin Ouellet

Le ministre québécois des Finances, Carlos Leitao, a présenté le 27 mars son troisième budget à l’encre verte, le budget de « l’espoir retrouvé », selon la jolie formule qu’il a employée dans son discours à l’Assemblée nationale.

Soit, les secteurs clés de l’éducation et de la santé ont eu droit à des réinvestissements, le carcan s’est desserré sur les entreprises et même les contribuables ont gagné un répit, quoi que minuscule, face au fisc. 

Mais "espoir retrouvé"?

Pas pour les Inuit du Nunavik cordés à huit dans un trois et demi infect où des enfants attendent en somnolant leur « quart de sommeil » sur le sofa. Pour ces Québécois, les envolées lyriques du budget croulent sous le poids de la misère. 

Rien dans le budget du Québec 2017-2018 ne permet de résorber la crise aigue du logement qui frappe le nord du 55e parallèle.  

Or, le manque de logements adéquats est source de graves problèmes sociaux dans les villages nordiques et les conséquences sont dramatiques pour la santé, l’éducation et la qualité de vie de la population inuite. 

L’automne dernier, dans un texte paru dans le magazine spécialisé Droit-Inc, Me Jean-François Arteau avait pourtant sonné l’alarme.  

Le spécialiste de l’Arctique juge qu’un grand coup de barre est nécessaire pour arrimer l’offre de logements à la forte croissance démographique du Nunavik. Il suggérait, en premier lieu, la mise en oeuvre d'un programme de cinq ans pour accélérer les mises en chantier de 1000 logements dans la région. 

L’appel n’a pas été entendu. 

La crise est amplement documentée. Selon Statistique Canada, au moins la moitié des logements au Nunavik sont « surpeuplés » et la même proportion de logements nécessite des travaux majeurs de réfection. 

Victimes des querelles de compétence fédérale-provinciale sur le logement et des guerres d’égos dans les officines (Voir Denis Lessard, La Presse, 6 avril 2017), les Inuit devront encore attendre leur tour.  

Bien sûr, on peut se réjouir de certaines annonces budgétaires comme le renouvellement du Fonds d’initiatives autochtones (FIA) qui était souhaité par les Premières nations. 

Le budget comporte un investissement de 135 millions $ dans ce programme qui a pour mission de soutenir des projets de développement économique et communautaires.  

Depuis 2006, le Fonds a généré des investissements de plus d’un demi-milliard $ dans 270 projets mis sur pied par le milieu autochtone. 

Tout est perfectible. Les règles et les normes du FIA devront être revues pour que les communautés puissent avoir un plus grand accès aux fonds pour des projets structurants et variés. 

Québec alloue aussi une somme de 60 millions $ dans le « Plan d’action gouvernemental en matière de développement social autochtone », un vaste programme visant à aider les communautés à répondre aux « défis particuliers» auxquels elles sont confrontées.      

Par « défis particuliers», il faut entendre, la pauvreté, la violence faite aux femmes et aux enfants, la toxicomanie, le décrochage scolaire, l'anémie du marché du travail, le manque de perspectives d’avenir pour la jeunesse et la liste continue.  

Les enjeux sont graves, la tâche est ambitieuse. Reste à connaître les détails de la mise en oeuvre du Plan d’action.  

Enfin, sur le plan de l’agriculture arctique (!), le budget du Québec 2017-2018 réserve 5 millions de dollars pour un projet pilote de serres commerciales au Nunavik.  

Des légumes frais à prix raisonnable et des emplois au Nunavik ? Bonne idée. Pour autant que les Inuit s’approprient réellement le projet.

L’ajout de fonds pour améliorer les services à la population et le renouvellement du FIA faisaient partie des priorités identifiées par les groupes autochtones en prévision du budget du Québec. Une autre priorité est demeurée lettre morte : la sécurité publique.  

Les Premières nations, les femmes en particulier, exigent depuis un bon moment un réinvestissement de l’État dans les services policiers autochtones. Les femmes veulent plus de protection pour elles-mêmes, leurs enfants et les communautés. 

Dans l'ensemble, budget a été plutôt bien accueilli dans le débat public.

Mais pour les femmes qui réclament plus de sécurité, comme pour les familles inuites étouffant dans un taudis, « l’espoir retrouvé » n’est pas pour cette année. 

 

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